Lorsqu’une entreprise est placée en redressement judiciaire, les répercussions ne s’arrêtent pas aux portes de la société débitrice. Créanciers, garants et cautions se retrouvent plongés dans un équilibre juridique complexe, souvent méconnu. Qui peut poursuivre qui ? À quel moment ? Sous quelles conditions ? Entre la protection de la caution personne physique et les droits du créancier à recouvrer ses fonds, le législateur a bâti un régime aux contours précis. Comprendre ces règles est essentiel pour anticiper les risques, défendre ses intérêts et agir au bon moment. Plongeons dans les rouages de ce dispositif légal.
Redressement judiciaire : ce que le créancier doit absolument comprendre
L’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire bouleverse immédiatement la situation des créanciers. Le principe fondamental est celui de l’arrêt des poursuites individuelles, consacré par l’article L.622-21 du Code de commerce. Ce mécanisme s’applique également au redressement par renvoi de l’article L.631-14.
Concrètement, aucun créancier ne peut poursuivre le débiteur principal pour obtenir le paiement d’une somme d’argent pendant la période d’observation. L’objectif est de permettre à l’entreprise de respirer financièrement et d’élaborer un plan de restructuration viable.
Mais cette suspension soulève une question cruciale : qu’en est il des cautions qui ont garanti les dettes de la société en difficulté ? La réponse dépend de la nature de la caution, personne physique ou personne morale, et de la phase de la procédure.
La protection de la caution personne physique : un bouclier temporaire mais réel
La caution personne physique bénéficie d’une protection significative dès le jugement d’ouverture. En vertu de l’article L.622-28 alinéa 2 du Code de commerce, toute action contre elle est suspendue jusqu’au jugement arrêtant le plan de redressement. Pendant toute la période d’observation, le créancier ne peut pas réclamer le paiement à la caution.
Depuis l’ordonnance du 15 septembre 2021, cette protection a été renforcée. La caution personne physique peut désormais se prévaloir de l’arrêt du cours des intérêts légaux, conventionnels et de retard. Le montant réclamable est ainsi figé, ce qui constitue une avancée majeure pour les dirigeants cautions.
Cette protection se prolonge également pendant toute la durée d’exécution du plan, à condition que l’entreprise respecte ses engagements. Tant que le plan est honoré, la caution ne peut être inquiétée par le créancier.

Caution personne morale : une exposition totale face aux créanciers
La situation est radicalement différente pour la caution personne morale. Elle ne bénéficie d’aucune protection durant la période d’observation de la procédure. Le créancier peut la poursuivre dès le jugement d’ouverture, sans délai ni restriction particulière.
Une fois le jugement arrêtant le plan de redressement prononcé, le créancier peut également poursuivre la caution personne morale sans nouvelle assignation et sans notification préalable du jugement. Pour en savoir plus sur les spécificités de ce régime, vous pouvez consulter les analyses juridiques détaillées concernant la caution personne morale dans le cadre d’un redressement judiciaire.
Cette asymétrie de traitement entre caution physique et morale reflète un choix législatif délibéré : protéger les individus qui se sont engagés personnellement tout en préservant les droits des créanciers face aux structures sociétaires.
Les droits du créancier pendant l’exécution du plan : entre attente et action
L’adoption du plan de redressement ne signifie pas que le créancier est condamné à l’inaction. Il dispose de leviers importants pour préserver ses droits et anticiper d’éventuels impayés.
Les outils à la disposition du créancier
- Les mesures conservatoires : dès la période d’observation, le créancier peut saisir le juge de l’exécution pour inscrire une hypothèque provisoire ou bloquer des actifs de la caution, afin d’éviter l’organisation d’une insolvabilité.
- L’obtention d’un titre exécutoire : le créancier peut assigner la caution en justice pour obtenir une condamnation au paiement, même si l’exécution de ce titre est différée tant que le plan est respecté.
- La déclaration de créance : le créancier doit impérativement déclarer sa créance au passif dans le délai de deux mois suivant la publication du jugement au BODACC, en précisant qu’il bénéficie d’un cautionnement, sous peine d’inopposabilité.
- Les poursuites en cas d’impayé du plan : dès qu’une échéance du plan est impayée, le créancier peut poursuivre la caution sans attendre la résolution formelle du plan.
Ces stratégies Juridiques entreprise doivent être soigneusement planifiées avec l’aide d’un avocat spécialisé pour maximiser les chances de recouvrement tout en respectant le cadre légal applicable. Pour aller plus loin sur ce sujet, découvrez les stratégies Juridiques entreprise indispensables en matière de procédures collectives.
La Cour de cassation a précisé dans un arrêt du 13 décembre 2023 que le titre exécutoire obtenu contre la caution n’a pas à mentionner que son exécution est conditionnée à l’exigibilité des créances. Le créancier est donc bien armé pour agir au moment opportun.

Résolution du plan et liquidation : quand la caution perd toute protection
Si l’entreprise ne respecte pas les échéances du plan, la situation bascule rapidement. Le commissaire à l’exécution du plan doit signaler l’inexécution au Président du Tribunal et au Ministère public. Cette défaillance peut conduire à la résolution du plan, puis au prononcé d’une liquidation judiciaire.
En matière de liquidation judiciaire, la caution perd toute protection. Le créancier peut poursuivre la caution sans délai, qu’il s’agisse d’une personne physique ou morale, et sans avoir à attendre l’admission de sa créance au passif. La déchéance du terme légale rend immédiatement exigibles toutes les créances non encore échues.
Même après une clôture pour insuffisance d’actif, les créanciers conservent leur droit d’action contre la caution. La clôture n’éteint pas les dettes : la caution reste pleinement tenue au paiement des sommes garanties non recouvrées dans le cadre de la procédure collective.

Maîtriser ses droits pour mieux défendre sa créance
Le régime juridique applicable au créancier caution dans le cadre d’un plan de redressement est à la fois protecteur et exigeant. La caution personne physique bénéficie d’une suspension des poursuites et d’un gel des intérêts, tandis que la caution personne morale reste exposée en permanence. Le créancier, quant à lui, dispose d’outils concrets, comme les mesures conservatoires, le titre exécutoire ou la déclaration de créance, pour préserver ses droits sans attendre passivement l’issue du plan. Dès le premier impayé, il peut agir. En cas de liquidation, toutes les protections tombent. Une veille juridique rigoureuse et l’accompagnement d’un spécialiste sont indispensables pour naviguer sereinement dans ce cadre légal complexe.
Êtes-vous certain de connaître tous les recours disponibles pour défendre votre créance en cas de défaillance du plan de redressement ?